L’histoire nous dira si le discours de Mark Carney au Forum économique mondial de Davos aura l’effet que beaucoup d’analystes lui souhaitent.
Sans aucun doute, l’allocution du premier ministre canadien était bien écrite, bien rendue, courageuse et empreinte de réalisme; ou de pragmatisme, comme il le dit souvent. Il a dit tout haut ce que beaucoup de chefs d’État semblent avoir de la difficulté à comprendre ou à accepter – du moins en public. Soit qu’il n’y a plus de grandes puissances économiques qui travaillent dans un esprit de collaboration.
Il ne faut cependant pas oublier où et devant qui ce discours a été fait. Le Forum économique mondial de Davos est une conférence sur le développement économique. Des milliers de chefs et cheffes d’État et d’entreprises y sont invités pour échanger sur la « croissance, la résilience et l’innovation », est-il écrit sur le site du Forum (traduction libre).
Si M. Carney a peint l’image d’un monde où les relations internationales sont en pleine rupture et que les grandes puissances imposent l’instabilité, c’était pour mieux présenter le Canada comme un pays stable, fiable, où il est prudent d’investir.
Entre les constats politiques, il y avait plusieurs listes sur ce que le Canada a, ce que le Canada est. Le terme « we have » (« nous avons ») revient neuf fois dans le discours. Le terme « we are » (« nous sommes ») revient 18 fois en lien avec ce que le Canada fait ou représente.
Qu’est-ce que « nous avons », selon Mark Carney? Des baisses d’impôts, des ententes stratégiques existantes, la population la plus éduquée du monde, des capitaux, du talent et un gouvernement prêt et capable d’agir de façon décisive. Surtout, le « Canada a ce que le monde veut ».
Ce que « nous sommes », toujours selon le discours? Une superpuissance énergétique, un pays qui collabore avec les autres pays de la planète et qui entend poursuivre sur cette lancée. Et surtout, « un partenaire stable – dans un monde qui est tout sauf stable – qui construit et apprécie les relations à long terme ».
Cette liste, qui présente l’économie canadienne de façon favorable, est avant tout un argument de vente destiné aux investisseurs et aux élus et élues assis dans la salle devant lui. Ce n’est pas un appel à la résistance.
Son invitation à collaborer entre pays de taille moyenne plutôt que de construire chacun sa forteresse joue le même rôle : inclure le Canada dans la grande forteresse en investissant dans nos ressources naturelles.
Les hommes et les femmes d’affaires ont très probablement décelé ce discours dans le discours. Le directeur général des politiques économiques et énergétiques au Forum des politiques publiques du Canada, Jay Khosla, confirme l’intention de l’allocution dans un article de la Presse canadienne. Il ajoute qu’il aurait aimé que le premier ministre parle davantage des mesures d’accélération des projets nationaux. Des projets qui pourraient stimuler les investissements.
Ce que Mark Carney a dit dans son allocution, tous ceux et celles qui suivent de plus ou moins près la politique canadienne l’avaient déjà entendu. Le premier ministre l’a simplement présenté au reste du monde économique. C’était donc un discours plus économique que politique, avec une dose de pragmatisme.