La Maison des Forestiers n’est plus. Sise au 1154, rue St-Pierre (lots 25 et 26 de la rue St. Pierre) depuis plus de 150 ans, elle a été démolie à l’été 2025. Elle était l’un des plus vieux édifices d’Orléans encore debout, sinon le plus vieux. Dans ses fondations et entre ses murs, c’est une bonne partie de l’histoire d’Orléans qui s’y est déroulée.
De 1892 à 1915, cette maison logeait l’Ordre catholique des Forestiers, un organisme créé en 1874, qui venait en aide aux colons qui faisait la vente du bois à l’époque (l’ancêtre des assurances Foresters d’aujourd’hui).
À Orléans, Samuel Danis, marchand et maître de poste de Daniston, au pied des chutes (Princess Louise) du ruisseau Laflamme (Taylor Creek) en était le secrétaire. Louis Barrette a servi comme concierge. Ovide Arthur Rocque, fils de Pierre et ancien conseiller d’Ottawa, y jouait un rôle important en tant que délégué d’Orléans à la Convention internationale de l’organisme aux États-Unis en 1898.
Auparavant, pendant plusieurs années, l’édifice avait servi d’école « commune » et « publique » à la communauté, sans doute la première école d’Orléans. Le marchand, Joseph Major, aura été secrétaire-trésorier de cette école « commune », parfois louée pour des rencontres politiques.
En 1888, les francophones, craintifs pour leur survie en raison des nouvelles restrictions imposées par la province à l’enseignement en français et à la religion dans les écoles, s’en retirent pour créer leur première école « séparée » à Orléans. En 1890, l’Académie Saint-Joseph ouvre ses portes, dirigée par les Sœurs de la Charité (Sœurs Grises), arrivées à Orléans en 1885.
En 1915, l’édifice est acheté par la Fabrique de la Paroisse Saint-Joseph et rénové en y ajoutant un deuxième étage. Il sert alors de logement pour les Sœurs enseignantes et éventuellement de chapelle temporaire de 1920 à 1922, en attendant la reconstruction de l’église Saint-Joseph ravagée par un incendie et réouverte en 1923.
Par la suite, l’édifice servit de lieu d’hébergement des prêtres et autres invités de la paroisse, ainsi que de logement pour les sacristains et leur famille, jusqu’à sa vente à des particuliers en 1948. M. Aldège Duford, membre d’une famille pionnière d’Orléans, s’en porte acquéreur et la convertit en une maison à deux logis. Il s’y installe alors au rez-de-chaussée avec deux de ses filles et sa seconde épouse, Rose-Alma Cardinal.
Le deuxième étage est habité par sa fille, Gratia et son mari, Marcel Van Bergen, et leurs deux filles, Huguette et Jocelyne. M. Van Bergen a été le premier vidangeur d’Orléans, desservant les 246 maisons du village de 1956-1969.
En 1967, l’édifice est revendu et occupé, au fil des ans, par divers locataires, jusqu’au moment de sa démolition, sans tambour ni trompette, à l’été 2025. En 2017, la SFOPHO avait installé devant l’édifice une plaque commémorative relatant l’histoire des lieux. Même si la plaque est disparue, espérons que toute nouvelle construction sur le site saura rendre hommage à la valeur patrimoniale de ce site à l’ombre du clocher de l’Église Saint-Joseph d’Orléans.
(Cet article a pu être publié grâce au généreux appui de nos partenaires commerciaux locaux.)