Par sa nature même, le Canada est un pays imparfait. Il a été fondé par les Français, puis par les Anglais, sur des terres qui étaient déjà occupées par les Premières Nations, une réalité avec laquelle ce pays n’a pas encore pleinement composé.
Puis, pendant la guerre de Sept Ans, les Britanniques ont défait les Français sur les plaines d’Abraham. En 1763, le traité de Paris a été signé pour mettre fin à la guerre et a donné à la Grande-Bretagne la possession de certaines parties de la Nouvelle-France, dont le Canada.
Normalement, le traité aurait entraîné l’anglicisation de la Nouvelle-France, mais la population française ne l’a pas accepté, et le Québec a évolué avec sa propre identité en tant que Bas-Canada, juste à côté du Haut-Canada anglais. L’Acte d’Union de 1840 a maintenu l’idée d’un Canada français et d’un Canada anglais coexistant ensemble, idée qui a ensuite été codifiée dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, qui a créé le Dominion du Canada.
Depuis, le Canada anglais et le Canada français ont continué de coexister, non sans quelques soubresauts en cours de route, notamment deux référendums sur la question de la séparation du Québec, qui ont tous deux échoué. Maintenant, c’est au tour de l’Alberta. Le Parti conservateur uni de l’Alberta, au pouvoir, a remporté une courte majorité en 2023 en promettant de tenir un référendum sur la séparation durant son mandat actuel.
Le sentiment séparatiste dans l’Ouest existe depuis que les premiers colons se sont établis en Alberta et en Saskatchewan et ont été forcés d’acheter de l’équipement agricole canadien en raison des tarifs imposés par Ottawa.
Mais ce n’est qu’en 1980, lorsque Ottawa a adopté le Programme énergétique national, forçant l’Alberta à partager ses revenus pétroliers avec le reste du Canada, que le sentiment séparatiste a commencé à véritablement s’intensifier, et il couve depuis ce temps.
Le Parti conservateur uni espérait tenir un référendum sur la séparation l’automne prochain. En fait, il a réussi à recueillir 310 000 signatures sur une pétition qui ouvrait la voie, sur le plan législatif, à la tenue d’un référendum, mais une récente décision judiciaire y a mis un frein.
Le 14 mai, un juge de la Cour provinciale a statué que le gouvernement avait « manqué à son devoir de consulter les Premières Nations avant d’engager l’Alberta dans un processus susceptible d’avoir une incidence importante sur les traités autochtones conclus avec le Canada ».
Le gouvernement provincial de la première ministre Danielle Smith et l’avocat séparatiste Jeffrey Rath prévoient tous deux porter la décision en appel.
Tout cela pourrait toutefois être sans objet. De récents sondages indiquent que moins du tiers des Albertains voteraient en faveur de la séparation. C’est beaucoup moins que le nombre de Québécois qui ont voté « Oui » lors du référendum de 1995.
Le sentiment nationaliste en faveur d’un Canada uni l’avait emporté à l’époque, et il l’emportera de nouveau si jamais un référendum devait être tenu en Alberta.