Au début du mois de mars, trois synagogues de la région de Toronto ont été la cible de fusillades effectuées depuis des véhicules en mouvement, causant des dommages matériels mineurs. Deux de ces fusillades ont eu lieu tard le soir, alors que les synagogues étaient vides. La troisième s’est produite alors que des fidèles se trouvaient encore à l’intérieur du bâtiment. Heureusement, personne n’a été blessé.
Au moment de la rédaction de cet éditorial, aucune arrestation n’avait été effectuée en lien avec ces incidents, et aucun mobile n’avait été établi. Il est tout à fait possible, voire très probable, que ces attaques aient été perpétrées par une ou plusieurs personnes réagissant à la campagne militaire menée par Israël depuis trois ans à Gaza, ou à ses récents bombardements en Iran et à son invasion du sud du Liban.
Mais soyons clairs : personne au sein de la communauté juive du Canada n’a quoi que ce soit à voir avec ces actions. Celles-ci sont menées par le gouvernement israélien de droite dirigé par Benjamin Netanyahu. Et bien que certains membres de la communauté juive canadienne puissent soutenir les actions du gouvernement israélien — que ce soit parce qu’ils partagent des opinions sionistes similaires ou parce qu’ils appuient Israël et son droit de se défendre — ce n’est pas le cas de tous les Canadiens juifs.
Il est catégoriquement inacceptable de profaner une synagogue, ou tout autre lieu de culte. Agir ainsi démontre une ignorance extrême et un niveau de malveillance qui n’a pas sa place dans ce pays et qui devrait être poursuivi avec toute la rigueur de la loi.
Regrouper la communauté juive en un seul bloc homogène est tout aussi raciste que de faire de même avec n’importe quelle autre communauté ethnique. La communauté juive se compose de trois principaux courants religieux ainsi que d’un judaïsme séculier. Les trois principaux courants religieux sont le judaïsme orthodoxe (incluant les juifs hassidiques), le judaïsme conservateur et le judaïsme réformé.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un courant religieux à proprement parler, le sionisme est un mouvement nationaliste qui, au minimum, affirme le droit d’Israël d’exister et, dans ses formes les plus extrêmes, revendique le droit d’Israël sur l’ensemble du territoire palestinien, incluant Gaza et la Cisjordanie.
Pour compliquer davantage les choses, toutes les personnes qui se définissent comme sionistes ne soutiennent pas nécessairement les actions militaires du gouvernement israélien à Gaza et au Liban. Le soutien au droit d’Israël d’exister dans le cadre d’une solution à deux États n’est pas incompatible avec d’autres positions. Par ailleurs, tous les Juifs ne s’identifient pas comme sionistes.
À la suite de l’incursion du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, des sondages réalisés en Israël ont montré que 65 % des répondants s’identifiaient comme sionistes à divers degrés. Dans une étude menée en 2025 par l’Institut israélien de la démocratie, 29% des Juifs israéliens interrogés se définissaient comme religieux ou comme sionistes convaincus.
Tout cela pour dire que regrouper tous les Juifs dans une même catégorie est tout simplement erroné et ignore le fait qu’il existe de nombreux Juifs qui soutiennent une solution à deux États et une paix durable.